SABINE CIBERT

Arts Textiles Contemporains

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Sabine Cibert Arts Textile Contemporains - Ecrits : Presse - Les nouvelles

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Extrait de la revue “Les nouvelles” Patchwork et Création Textile éditeur Association France-Patchwork

L’exposition Dégel de Sabine Cibert, présentée au Showroom Galerie 7 à Lyon, du 9 février au 9 mars dernier, nous donne envie de rencontrer cette artiste.

Sabine Cibert est une jeune créatrice née en 1956. Jeune car sa carrière d’artiste n’a commencé qu’en 2013. Pourtant, depuis un choc quasi physique devant Le Chant du Monde de Jean Lurçat alors qu’elle n’a que sept ans, elle ne cesse de porter un intérêt au textile et aux grands formats qu’il permet de créer.

Après un diplôme d’architecte, elle mène pendant trente-cinq ans une vie professionnelle classique en tant qu’urbaniste, tout en collectionnant les textiles pour leurs matières et leurs couleurs. Elle suit avec attention les différentes Biennales de la tapisserie de Lausanne, visite régulièrement le musée Vasarely de Gordes, parcourt les catalogues de Quilts et découvre les artistes modernistes du Bauhaus.

Parallèlement, elle se forme au patchwork auprès d’une professeure en copiant bon nombre de quilts anciens, fascinée par leurs jeux mathématiques et géométriques. Derrière l’exigence technique et la rigueur de cette pratique elle prend conscience de l’infinie variabilité du textile. Il est présent partout, il est notre premier contact avec le monde extérieur dès la naissance, il nous enveloppe toute notre vie et ce, depuis les débuts de l’humanité.

Lors de cet apprentissage, son goût pour les couleurs prend le pas sur l’objet en tant que tel. C’est ainsi qu’elle va s’éloigner des techniques et des règles traditionnelles du patchwork pour explorer le domaine de la couleur sans pour autant abandonner le travail manuel. Après les premières œuvres nourries de l’univers de peintres qui l’ont construite, elle affirme son style et trouve une inspiration plus personnelle.

Du lac d’Annecy de son enfance à la fonte des glaciers dans le massif du Mont-Blanc qu’elle contemple depuis son atelier alpin, elle évoque, dans de grandes compositions textiles, les phénomènes atmosphériques, les brusques changements de lumière et les forces de la nature.

” C’est en quelque sorte la captation de vibrations sourdes et telluriques, d’accidents furtifs qui produisent le désordre, bien que chaque pièce soit composée lentement et patiemment, dans une démarche quasi méditative. “

Exposition Emergence, mars 2017

Sabine Cibert crée une nouvelle matière en laissant visible l’assemblage des différents textiles à la surface de ses œuvres. Il lui a fallu pour cela trouver des solutions techniques afin que ses compositions entièrement montées à la main se tiennent, tout en restant harmonieuses. Elle ne vit pas cette découverte comme une rupture mais bien comme une évolution. Cette nouvelle liberté induit des prises de risques inédites. Elle ne se définit pas tant comme une artiste textile que comme une artiste utilisant le textile.

Souhaitant explorer au maximum les effets d’une sélection textile, Sabine Cibert travaille par séries. Ainsi les grands formats côtoient de plus petits et d’autres, intermédiaires. Les textiles et la gamme chromatique sont les mêmes, mais les effets sont toujours différents. Une fois pensée et en partie réalisée, la série est intitulée : Eau Vive, Peau du monde, Dégel… L’envie naît principalement d’une harmonie colorée ou d’une teinte et Sabine sélectionne pendant plusieurs années des répertoires textiles qu’elle a patiemment rangés et organisés.

” Chaque partition est éminemment poétique, dans sa construction et ses sonorités, dans l’idée conjointe d’un ensemble [..] et d’une unicité, le panneau fonctionnant comme une entité singulière, ouvrant à la réflexion dans la double acception du terme, réfraction de la lumière et pensée. […] Ainsi Sabine Cibert opère-t’elle, dans la lenteur des jours, laissant les lueurs et les ombres œuvrer, les étoffes se coudre longuement au cheminement de l’idée. “

Une rythmique des formes, janvier 2017
Chantal Danjou, poète, romancière et essayiste

Pour composer une partition, elle pense à l’aide de dessins, des lignes de force sur papier calque ; ensuite, elle fait des croquis numériques sur lesquels elle place les valeurs et les couleurs. Elle prépare en parallèle les gammes de tissus qui vont entrer en scène, elle les choisit, note leur numéro de référence sur le plan en les visualisant mentalement. Ensuite il faut les découper, les épingler sur le support pour les placer au sol et avoir la confirmation que chacune est à la bonne place. Enfin viennent les blocs qu’elle réalise séparément avant de les organiser. Là seulement, l’objet final prend forme avant son quilting. Cette dernière étape impose un nouveau dessin, réalisé sur photo : le tissu est ensuite piqué selon un motif qui joue avec les couleurs et apporte une nouvelle force à l’ensemble.

” Quand l’hiver tire la couverture à soi pour faire disparaître la terre sous la neige, la contemplation ignore le dégel, le temps est suspendu aux branches comme autant de cristaux. Demain, après-demain sont cachés sous un voile de soie qu’une main aux aguets révélera le moment venu… “

Françoise Chabert-Blanc, janvier 2023

La série Dégel est née d’une réflexion sur la couleur blanche qui, dans certaines civilisations extra-européennes, fait l’objet d’une polysémie très étendue, pour rendre compte de ses multiples nuances de couleur et de matière mais aussi de sensation, d’émotion, de son.

Cette exposition est l’occasion d’appréhender de nouveaux formats. Face à la grande Hiver 1 (174 x 268 cm) prend place une série de 31 Neige. Ces compositions de 15 x15 cm donnent à voir la perception des effets de la lumière sur l’eau gelée et sur la neige. À leur côté, des formats verticaux, les Avalanches, ont été réalisés à partir de carrés plus petits de 3 x 3 cm.

Un petit panneau Aube, comme la promesse d’un printemps prochain, apporte une touche de couleur et laisse présager la prochaine série de Sabine Cibert.

Laurence Le Page et Thomas Leveugle